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[Conférence] Les papetiers et leurs moulins en Béarn, Bigorre et Pays Basque
02/04/2025 14:30

Conférence n° 3
Les papetiers et leurs moulins en Béarn, Bigorre et Pays Basque
par Mme Jeanne Valois
Conférence organisée par Catherine Cabocel et Patrick Herbreteau
Mercredi 2 avril, à la Grange du château d'Idron, à 14h30.
Madame Valois, passionnée d'histoire est reconnue comme une spécialiste de l'histoire de l'industrie du papier et nous fait revivre l'aventure méconnue de ces hommes et de ces femmes qui ont dirigé ces papeteries et des ouvriers qui y ont travaillé.
Les moulins à papier s'implantent dans les Pyrénées occidentales au 17 ème siècle.
L'inventaire recense 25 moulins dans le piémont pyrénéen de Bagnères de Bigorre (sur l'Adour) à Saint Jean Pied de Port (sur la Nive).
La majorité se concentre sur le Béarn, 1 à Arudy, 2 à Oloron sur le gave d'Ossau, Gurmençon sur le gave d'Aspe, Rébénacq sur le Neez, Maslacq, Montaut, Mirepeix sur le gave de Pau, Esquiule , Bervière et Lanne sur le Vert, Sarrance sur un ruisseau et Bizanos sur l'Ousse
En Bigorre : Tarbes, Soues et Bagnères sur l'Adour et Siarrouy sur l'Echez.
Le plus ancien moulin à Oloron date de 1632.
L'implantation des moulins à papier dépendaient de la force hydraulique et de la qualité de l'eau prise sur les rivières et aussi du bois, ressource nécessaire pour la construction des maillets, cuves, poteaux, roues.
Le papier était fabriqué à partir des chiffons récoltés par des chiffonniers puis par des grossistes chargés de l'approvisionnement des papeteries.
Madame Valois expose l'histoire du moulin de Bizanos, situé 15 rue Pasteur, ville de 517 habitants en 1793, proche de Pau, ville parlementaire, judiciaire, dotée d'imprimerie.
Les ressources hydraulique (l'Ousse) et forestière y étaient présentes ainsi que les débouchés grâce également à la proximité des marchés ibériques et portugais.
Créé en 1758 par Bertrand d'Abbadie, il a appartenu à Noble Jacob de Vignau (seigneur de Bizanos) et son fils Jean Baptiste, propriétaire terrien bénéficiant du droit d'eau, droit lié à la terre sous l'ancien régime.
Les époux Labau rachètent la papeterie en 1821 et prennent le relais jusqu'en1845.
La structure du moulin construit en L sur 3 niveaux contenait:
au rez de chaussée: la salle de cuve, une seule cuve pour Bizanos, les batteries à maillets, à côté la salle de colle et son chaudron, le pourrissoir,
au 1er étage: la salle de presse pour les rames et les balles, l' entrepôt des chiffons, cuisine et logements,
au 2e étage: les étendoirs munis de cordes.
En 1856, Clemente Blasco transforme la papeterie du seigneur en chocolaterie. Son fils Paul, puis son petit fils en assurent la pérennité jusqu'en 1992.
L'ancien moulin est transformé aujourd'hui en logements.

Voir la vidéo à l'aide du lien suivant: https://www.youtube.com/watch?v=GkpehGSfx1U
Certains moulins (Rébénacq et Tarbes) étaient au même fermier, Sieur Raguette, avec des baux de 6 ans, les fermiers rendaient leurs moulins au bout de 18 ans avant que des travaux importants ne surviennent, l'entretien et les réparations étant à leur charge.
Les chiffons étaient triés en 3 catégories: le fin destiné à la production des meilleurs papiers, le moyen pour le «bon gros» et le grossier pour la «trace».
Il existait différents formats, variétés et qualités de papier: papier aux 3 O dont la production était 10 fois supérieure à tous autres papiers, papier raisin pour l'impression des grands livres, papier fleuret pour faire du papier à cigare, papier à lettre pour écrire et pour les écoliers, papier filigrané pour certains.
Parmi les causes d'une médiocre fabrication, l'emploi de colle de mauvaise qualité, colle de vache ou de bœuf qui donne du papier rugueux. La colle de veau, mouton, daim, chamois étaient les meilleures.
La hiérarchie chez les maitres papetiers dépendait de la maitrise de l'écriture et de leur instruction, des alliances matrimoniales, des moyens financiers, de l'habitat, de la tenue vestimentaire et de la mise en ferme de sa propre papeterie.
La crise papetière en France s'est produite dans les années 1839 à 1848.
Le déclin s'en est suivi avec pour causes le débit d'eau irrégulier, une puissance hydraulique limitée, l'impact de la mécanisation, le coût du chiffon, l'augmentation de la productivité, la baisse du prix du papier et la concurrence des grands centres papetiers.
L'aventure des papetiers et leurs moulins aura duré plus de deux siècles.
Compte-rendu par Catherine Cabocel et Patrick Herbreteau.



